Quartier des Arts

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Histoire de l'Art

                       

Nous reproduisons, ci-après, le texte d'une conférence de Jean-Baptiste Blondeau, prêtre et philosophe, donnée à l'occasion d'un café théologique, à Perpignan, début 2007. 

 Le but de "Quartier des Arts" n'est pas de faire du prosélytisme à propos de telle ou telle religion. Notre but est, chaque fois que l'occasion nous est donnée, de mettre en valeur la réflexion sur la création artistique.

C'est donc avec plaisir et intérêt que nous accueillerons d'autres intervenants si leurs propos ont notre agrément, suscitent notre intérêt. Et cette réflexion existe. Quoi qu'il en soit, nous les accueillerons, ces auteurs, dès qu'ils se manifesteront.

 

" La création artistique:

           - exaltation de l'immanence

                                      - ou bien, ouverture à la Transcendance ? "    

        (auteur: J-B Blondeau, prêtre et philosophe, Perpignan - France)

 

 

 

L’art est ouverture au Transcendant

  

Les chemins de l’art partent du sensible mais ils peuvent aussi conduire à une émotion et à une parole échangée dans :

-      la confiance,

-       la confrontation,

-       le débat

o       L’œuvre d’art ne doit pas nous « couper la parole » car l’art est humain, et par conséquent expression de l’homme parlant.

o       L’œuvre d’art permet une communication à travers les formes esthétiques ; l’art renvoie à la Parole.

o       L’ œuvre d’art 

-  produit un plaisir spécifique  

-  assouvit un besoin d’expression

L’ artiste fait sentir la vie qu’il sent battre en lui, la vie intérieure qui tend à se manifester dans sa création.

( Cf. citation de Jean- Paul II (discours au monde de la culture, à Venise, le 16juin 1985)

 

« L ‘art est parole primitive en ce sens qu’il parait d’abord, puis se trouve au fond de toute parole. Il est parole de l’origine qui scrute, au-delà de l’immédiat de l’expérience~ le sens premier et ultime de la vie. Il est connaissance traduite en lignes images et sons, symboles que la pensée sait reconnaître comme projections sur le mystère de la vie au- delà des limites que la pensée ne peut dépasser: ouverture donc sur la profondeur, sur la hauteur, sur l’inexprimable de l’existence, voies qui laissent l’homme libre à l’égard du mystère et en traduisent l’anxiété qui n’a pas d’autres paroles pour s’exprimer...

L ‘art ramène l’homme à lui- même et le fait devenir plus homme... Il est un sentier qui conduit à Dieu... sans l’art le monde perdrait sa vie la plus belle ».

 

Certes, la matière première de l’art est précisément... la matière !

Toutes les sphères du sensible sont convoquées.

Mais sur cette matière, l’artiste va dire la parole créatrice laissant son esprit, son intelligence créatrice, transformer la matière.

L’ artiste pense « matière » mais l’œuvre procède d’abord au-dedans de son esprit.

 

Dans la conception et l’exécution, la matière est présente, mais dans la même conception et exécution l’esprit commande.

Sans violenter la matière qui est à Dieu, en consentant à sa nature qui est voulue par Dieu.

 

C’est parce que l’être humain est un être de parole qu’il est artiste.

Il «parle » de ses amours, de ses croyances, de ses espoirs, de ses peurs en prenant le temps de sculpter, de dessiner, de peindre, de chanter, de danser, d’écrire.

Dire que l’art est parole et suscite la parole dans le corps, c’est reconnaître les épousailles de la matière et de l’esprit qui permettent à l’esprit de se matérialiser et à la matière de se spiritualiser.

Le corps parle et l’art en capte les mystérieuses traces.

Le croyant reconnaît que si l’être humain est un corps parlant c’est non seulement grâce à l’esprit qui féconde l’intelligence mais aussi et surtout par le don de l’Esprit de Dieu.

cf. Genèse: « Dieu modela l’ homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses

narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » (Gen. 2 7)

 

Si l’œuvre d’art est liée au souffle de l’Esprit par la médiation de la Parole humaine qui la suscite et en laquelle elle prend « chair », l’œuvre d’art, dans cette perspective, devra répondre à des exigences découlant de sa nature.

Il faut que l’expression de la parole dans l’œuvre d’art ne soit pas dénaturée.

Il faut que la communication entre l’artiste et ceux qui reçoivent son œuvre soit vraiment une relation parlante.

Cela veut dire que l’image est médiation elle rend présent ou manifeste ce qui n’est pas là.

C’est une médiation sensible qui donne accès à l’invisible, ouvre à l’altérité, nourrit la créativité.

Lors de la fameuse crise iconoclaste (réfutation des images considérées comme idoles) le ll eme Concile de Nicée, en 787 développa cet argument disant que l’image n’est jamais la réalité représentée, elle en tient lieu, elle y renvoie, elle lui donne LA PAROLE (à la réalité).

«Plus on regardera fréquemment ces représentations imagées, plus ceux qui les contempleront seront amenés à se souvenir des modèles originaux, à se porter vers eux, à leur témoigner, sans que ce soit une adoration qui selon notre foi ne convient qu’à Dieu seul... Car l’honneur rendu à une image remonte à l’original. Quiconque vénère une image, vénère en elle la réalité qui y est représentée. »

 

 Et c’est là toute la différence en matière d’art, et pas seulement d’art religieux, mais de toute forme d’art, la différence entre l’ œuvre d’art, l’icône, et l’idole.

Car fascinante et séduisante, trempée dans le sensible, l’image peut donc tromper et faire glisser dans l’illusoire, le simulacre, le mensonge. Dans la non-parole. Plus exactement,  c’est l’homme, receveur d’images, qui ne la prend plus pour une médiation et lui accorde un pouvoir qu’elle n’a pas. Il ne l’écoute pas pour ce qu’elle a à transmettre; il la fait parler et lui dicte ses propres rêves. Il en fait son idole et devient son esclave jusqu’à en mourir comme Narcisse dont Ovide nous conte les mésaventures dans Les Métamorphoses. Narcisse vient du grec narké, engourdissement, qui donnera narcotique.

Nous courons donc le risque de prendre nos propres images, nos projections et nos fantasmes pour un autre, et d’entendre l’écho de nos propres discours comme la parole d’un tiers. Fascination du miroir qui enferme dans le même, dans la répétition de l’identique et qui conduit à la mort. L’idolâtrie de l’image est toujours latente. Bête de l’Apocalypse qui « fourvoie les habitants de la terre, leur conseillant de dresser une image en l’honneur de cette Bête. (...) On lui donna même d’animer l’image de la Bête pour la faire parler, et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n’ adoreraient pas l’image de la Bête. » (Ap 13, 1445).

 Au lieu d’accueillir la présence parlante qui se donne dans et par l’image, l’idolâtre la masque, la déforme, la refuse. Menteur, il aime la mort et s’y livre: « (...) pour sa vie, il implore la mort (...)» (Sg 13,18). C’est ce que dénonce l’interdit biblique de l’image.

Par cet interdit, Dieu libère de l’esclavage de l’image-idole et arrache l’homme à la fascination hallucinante de son image de Dieu défigurée. Il lui fait prendre de la distance par rapport à ce qui ne parle pas, pour retrouver le chemin de la parole à travers ses frères et dans l’écoute de la Parole.

« Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre.

"Tu ne te prosterneras pas devant ces images ni ne les serviras, car moi, Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. » (Ex 20, 4-5 et Dt 5, 8-9)

 

L’idole est sans vie. Ses organes n’en sont pas. Elle est insensible, elle ne parle pas et entraîne dans la mort qui se fie en elle. C’est l’extraordinaire annonce du Psaume 115,4-8:

« Leur idoles, or et argent, une œuvre de main d’homme.

Elles ont une bouche et ne parlent pas, elles ont des yeux et ne voient pas, elles ont des oreilles et n ‘entendent pas, elles ont un nez et ne sentent pas.

Leurs mains, mais elles ne touchent point, Leur pieds, mais ils ne marchent point! De leur gosier, pas un murmure. Comme elles, seront ceux qui les firent, Quiconque met en elles sa foi. »

 A l’opposé de l’idole, nous pouvons reconnaître dans l’émotion que produit en nous une œuvre d’art, une émotion dont on évoque alors volontiers à quel point elle nous tourne vers le sacré, la transcendance, l’expérience spirituelle...

Peut-être est-ce alors pour nous, à l’opposé de doctrines ou d’idéologies rationalistes ou intellectualistes une façon de ré-habiter le sensible, ce à quoi des chrétiens qui parlent du « Verbe fait chair » peuvent être particulièrement sensibles, une façon d’honorer l’émotion esthétique dans sa dimension spirituelle.

 -  L’art pourrait être une façon de nous réapproprier ce sensible au cours duquel nous cherchons des chemins d’espérance qui ne soient pas dans les nuages, fussent les nuages des idées... et des idéologies. Signe que nous sommes vivants.

-  L’émotion artistique pourrait être chemin de connaissance, et pourquoi pas de connaissance spirituelle.

-  L’émotion artistique pourrait être aussi un chemin révélateur de l’unité humaine.   Elle ignore les cloisonnements que nous avons trop souvent dressés entre la conscience et l’affectivité, le savoir et l’expérience, le charnel et le spirituel. (Cf. les échanges internationaux d’œuvres d’art...)

 Si devant une œuvre d’art nous sommes parfois pris d’enthousiasme, nous pourrons nous souvenir qu’étymologiquement l’enthousiasme signifie «ce qui vient des dieux », quitte à laisser cet enthousiasme se décanter, s’approfondir, se purifier...

Et ce peut être alors la tâche de la pensée, de la réflexion, car penser l’émotion esthétique, loin de la nier, est la façon de lui donner la Parole. C’est la Parole qui nous permettra d’entendre, de lire, de connaître ce que fait en nous cette émotion et quel au-delà de ce qui la provoque elle annonce du mystère de l’Esprit.

L’émotion artistique peut devenir un chemin de la recherche de la vérité de ce qui fait le plus profond de notre vie. Pour le croyant c’est alors qu’il peut pressentir que cette vérité est un mystérieux ailleurs qui lui veut du bien.

Et il pourra alors trouver dans le message religieux qui est sa référence des paroles qui lui diront la nature de ce bien et quelle en est la source.

L’invisible et impérieuse présence, visage sans visage, au-delà des visages mais aussi, diront les chrétiens, au travers de tous les visages.

 Je terminerai par cette citation de Pascal:

«La nature a des perfections pour montrer qu’elle est l’image de Dieu, et des défauts pour montrer qu’elle n’en est que l’image. » VIII-580 

 

Liens

" Évangile et Liberté "

Revue du protestantisme libéral

Lycée Louise Michel

Bobigny (93)

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L'Adoration des Mages

(Boticelli)

Musée des Offices

Détail

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   J-B Blondeau, prêtre et philosophe. Perpignan - janvier 2007.